BE PRESENT : Il a lu « scandales » pour vous ! Monsieur Amba Salla Patrice

Professeur chercheuse avec pour centres d’intérêts la Gouvernance et l’Entrepreneuriat, Viviane ONDOUA BIWOLE, tout fraîchement partie du poste de  Directeur  Générale Adjointe de l’ISMP, pour des raisons que la presse est incapable de donner avec précision, en tout cas des raisons restées imprécises pour le grand public, commet, avec cet Essai, son cinquième livre.

Elle m’a demandé d’en faire la note de lecture au cours de cette cérémonie de dédicace. Je l’ai accepté. Mais avant toute chose, je voudrais revendiquer ma « non appartenance » à la communauté universitaire. Mon choix pour cet exercice, pour des raisons qui lui sont propres, ne semble donc pas procéder de ma présumée ou établie dextérité à jongler avec les ficelles de critique littéraire ou les subtilités des sciences de gestion ou de management. L’expérience de gestion, empirique au demeurant, couplée à mon ardent désir de changement de paradigmes dans mon pays suffisent à me dédouaner des insuffisances que vous pourrez noter au cours de cette entrée par effraction dans cette sphère savante, identifiée par codes et jargons spécifiques.

Il m’a été donné de lire deux de ses livres précédents et ils ne m’ont pas laissé un sentiment négatif, mais plutôt le plaisir de compter dans ce monde de l’écriture une brave Dame qui a la force de ses convictions et les défend avec l’assurance de sa science. Après « LA PME ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE. DÉFIS FONDEMENTS ET STRATÉGIES » paru en 2012,  « AU SECOURS, JE SUIS PATRON » paru en 2014, « LA BUDGÉTISATION PAR PROGRAMME EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE. ENTRE BALBUTIEMENTS ET RÉSISTANCES » paru en 2015 et « LES LOIS SUR LES ÉTABLISSEMENTS ET ENTREPRISES PUBLICS AU CAMEROUN, INNOVATIONS ET RECULADES » paru en 2018, « SCANDALES; ÉLÉMENTS DE CASUISTIQUE POUR UNE VIABILITÉ ORGANISATIONNELLE AU CAMEROUN » cinquième ouvrage du professeurs se présente à première vue comme la mise de la main à la pâte pour améliorer la gouvernance par la fermeture de toutes « les fenêtres de vulnérabilité » organisationnelles identifiables et identifiées ici, au détour de quelques scandales ayant secoué l’actualité de notre Pays.

  1. PRÉSENTATION DE L’ESSAI :

            Pour éviter que les scandales soient scandaleux parce qu’on s’en habitue tel que le pense Simone de Beauvoir, l’Auteure prend le partie d’en analyser quelque uns de son choix selon qu’ils semblent constituer des cas d’école des aspects de la gestion de la cité. Autant dire qu’elle veut avec cet essai, traduire dans les faits de l’analyse scientifique et de la prospective qui en est la plus grande externalité, l’adage qui dit « À quelque chose malheur est bon ». Elle ambitionne, au travers de l’analyse froide et du processus d’abstraction qui la ponctue ou la conclut, trouver et proposer à la communauté nationale d’abord «  le cadeau caché » de ces scandales.

Pour les intérêts managérial, théorique et méthodologique,Elle a organisé son livre en cinq parties traitant de 11 scandales, soit également 11 chapitres et un propos conclusif en fin de traitement. Il s’agit de:

  • La gouvernance des Entreprises où elle questionne la coordination administrative et le contrôle du dirigeant par l’analyse des scandales du Chantier Naval et industriel et celui de la SODECOTON ;
  • La gestion sociale qui donne l’occasion de questionner la relation tutélaire et de décrire une hypocrisie organisationnelle au travers de l’analyse du conflit social à la CNPS et les logements sociaux en tenue de scandale;
  • La gestion de la diversité qui offre l’opportunité de questionner la notion de méritocratie en conflit avec le principe de l’équilibre régional d’une part celle de double nationalité d’autre part, par l’analyse des scandales du concours d’entrée à l’IRIC en 2015 et de l’élection à la tête de la SOCAM;
  • La gouvernance sportive qui lui donne l’opportunité d’élaborer sur la faillite du leadership au travers de l’affaire ÉTOO FILS contre PHILIPPE BONEY, d’illustrer la faillite de la dynamique de groupe au travers de la débâcle des Lions indomptables à la coupe du Monde Brésil 2014, et de pointer les approximations dans la théorie des choix publics par l’analyse de l’invité de la dernière heure, le scandale du retrait de la CAN Total 2019 au Cameroun ;
  • La Gouvernance judiciaire qui offre l’opportunité de questionner la pratique de justice sociale et la responsabilité des dirigeants des prisons au travers de l’incarcération d’un Ministre en fonction et les diverses et multiples morts de personnes en détention.

Au travers de cette architecture, l’Auteure utilise un scandale dont la relation des faits, l’identification des thèses en opposition, la discussion qui s’en suit et le processus d’abstraction qu’elle y applique permettent d’appréhender assez précisément  la norme transgressée, les Valeurs bafouées, les devoirs non accomplis, les comptes non rendus à l’effet de projeter des pistes de solutions aux trois problèmes récurrents identifiés dans la gestion de notre Pays que sont: les dérives managériales, la présence de la Présidence de la République dans le secteur opérationnel par le biais des « Hautes et Très Hautes instructions » et la faillite des organisations. La plus-value évidente de cette opération étant de pouvoir retrouver en ces divers domaines, la viabilité organisationnelle car dit elle «  la vertu du scandale est qu’il donne l’opportunité d’améliorer le fonctionnement des organisations ».

C’est l’analyse froide et méthodique, à postériori, des scandales d’une part et la processus d’abstraction d’autre part qui garantissent « l’extrant » de viabilisation sous la régulation juridico-judiciaire, politique et managériale en cours . En totale subversion, Viviane ONDOUA BIWOLE déterre les scandales, les remet sur la table pour réaliser une inspection générale de ces « cadavres » vite enterrés. Autrement dit, elle se constitue agent d’autopsie qui ,après inspection, dresse un procès-verbal. Celle conduite ici est à la fois médico-scientifique(c’est à dire dédiée à expliquer les morts ou scandales, éclairer un diagnostic non résolu, à trouver des raisons d’un échec…organisationnel ou institutionnel, à améliorer les connaissances managériales) d’une part et « médico-légale » d’autre part(c’est à dire requise par la communauté nationale en lieu et place de la justice pour établir la cause précise du scandale, si tant il est imaginable que celle-ci soit suspecte. Ce qui autoriserait la condamnation exemplaire de la dérive et  esquisser les portraits robots des responsables et leur mode opératoire).

2.  COMMENTAIRE ET MINI DISCUSSION

J’ai lu ce livre-et j’invite tous les gestionnaires, scientifiques, étudiants, chercheurs à faire autant- afin de dire jusqu’où « le procès-verbal » d’autopsie que constitue cet essai est « opposable ». Quelle est sa force probante? Est ce jusqu’à preuve du contraire ou alors jusqu’à inscription de faux? Quelques questionnements relatifs à la pertinence des sources, la justesse des prémisses, la crédibilité des données, la symétrie entre les fenêtres de vulnérabilité identifiées et les pistes d’amélioration, la qualification des vulnérabilités au regard des faits traces quelque axes de perfectibilité. Il est bon d’enrichir ce travail en interpellant l’auteure sur des aspects de forme et de fond.

2. a) Sur la forme

Il m’a été donné de constater quelques rares coquilles qui doivent pouvoir se justifier par la pression du calendrier de la parution. Mais il serait hautement indiqué de procéder aux corrections car certaines détournent le sens des idées (tourtereaux en lieu et place de tourteaux) pendant que d’autres font carrément non-sens (Recours gracieux préalable auprès du tribunal administratif ou alors structure hiérarchiquement sous tutelle….). En tout état de cause, ils sont disgracieux et peuvent ôter à cette œuvre quelques aspects de son éclat scientifique, la condamnant dans le cadre du rendez-vous du donner et du recevoir universel.

2. b) Sur le fond

Pour rester sur les images, je crois pouvoir dire que le travail de Viviane Ondoua est un constat d’accident. Il identifie assez clairement les problèmes et ajoute tout simplement aux constats. Les dérives managériales, le non-respect des périmètres d’action et la faillite des organisations sont de mon humble avis des « données » qu’il est question d’utiliser pour produire une organisation viable. Le souci est ici de donner le regard managérial et des esquisses de  solution pour une viabilité organisationnelle. il est à craindre que cet océan de dérives si bien décrit puisse encore permettre l’existence, mieux la survivance d’îlots d’orthodoxie. La correction semble devoir concerner toute l’organisation des pouvoirs d’État y compris « le quatrième » d’entre eux dans leurs inter actions d’Une part et dans les rapports avec les populations  d’autre part. J’ai donc la faiblesse de croire que des contributions des collègues sur des aspects politiques et juridiques auraient pu projeter une esquisse plus réaliste et endogène à l’instar de ce qui fut fait avec le précédent ouvrage.

Dès lors on peut soumettre quelques questions nées de la lecture de cet essai. Pourquoi ce déséquilibre entre les éléments de bibliographie externes et internes? La doctrine camerounaise en ce domaine est elle aussi désertique ou alors il n’existe pas des aspects de contextualisation intéressants susceptibles de faire l’objet de projets éditoriaux? Qu’est ce qui autorise que nous ne trouvions pas dans ces analyses les rapports des commissions créées suite aux divers scandales? Des correspondances entre tutelle et Établissement sous tutelle? Des identités des acteurs, dans la relation des faits, qui permettent que les agents publics commencent à assumer historiquement les actes posés dans leur période d’activité? Les compositions des Conseils d’administration ne devraient-elles pas sortir de l’anonymat dans un travail scientifique au besoin dans le cadre des annexes? Un vacarme ou un tintamarre savamment orchestré par des personnes ayant des relais dans la presse mérite il de figurer dans la liste des scandales servant à l’analyse des vulnérabilités organisationnelles et conduisant la production des outils de viabilité organisationnelle ? Dans ce genre de travail ou les dérives managériales tiennent crânement le haut du pavé, doit-on trouver une excuse à la tolérance administrative, autre nom du laxisme?

Les périmètres d’action ne sont-ils pas, comme avec un territoire, l’espace d’exercice de sa compétence exclusive pour un responsable y compris lorsque celle-ci lui est déléguée? Doit-on attendre que celui qui s’ingère s’auto censure ou alors doit-on savoir lui opposer l’exclusivité de la compétence? Ne seraient ce pas les réponses à ces lourds questionnements qui induiraient le changement tant attendu et qui ôteraient aux cadres organiques  la capacité de transformation qu’on leur prête complètement à tort? La transformation de notre espace semble bien dépendre plus considérablement de l’interaction équilibrée entre les pouvoirs et les Hommes, la ressource humaine en est le plus grand sinon le seul déterminant.

Le plus grand mérite de Viviane Ondoua Biwolé est d’avoir ouvert cette réflexion et offert à la critique et la communauté scientifique de disposer d’un repère afin de théoriser, faire de la prospective pour des lendemains qui chantent pour notre pays.

Amba Salla Patrice

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