Cameroun, les mesures gouvernementales en riposte à la Covid-19 : mauvaises solutions pour un vrai problème

Les mesures gouvernementales en riposte à la Covid-19 s’avèrent impertinentes pour la protection de l’emploi au Cameroun. Ce sont les résultats d’une recherche que j’ai récemment menée et dont l’objectif était d’évaluer l’impact de la Covid-19 sur l’emploi formel et informel au Cameroun.

Les données collectées auprès de 827 ménages et 160 entreprises de toutes les régions du pays, trois mois après le premier cas détecté, ont été analysées au moyen de l’analyse descriptive, du test du Chi 2 et des analyses logistiques. Réalisée au début de la pandémie, il ressort que même si elle n’a eu qu’une influence assez modeste sur le travail et les rémunérations, une partie des actifs, notamment ceux du secteur primaire et des services hors commerce, ont subi des pertes significatives ; les plus jeunes de moins de 35 ans et les hommes ont été plus touchés. Ces résultats contrastent avec les mesures gouvernementales, ce qui pourrait créer de nouvelles inégalités dues à leur inadéquation.

Des mesures gouvernementales ont été prises au Cameroun, comme dans les autres pays du monde, pour protéger les ménages et les entreprises des effets économiques et sociaux de la Covid-19. Au total 20 mesures ont été dictées le 17 mars 2020 et le 9 avril 2020. Elles peuvent être classées en quatre catégories : la limitation des déplacements et des échanges avec les pays étrangers et sur le territoire national, les mesures barrières à l’endroit des ménages, l’appui aux ménages pour faire face aux effets socio-économiques de la Covid-19 et les mesures destinées aux entreprises.

Parlant spécifiquement de l’appui aux ménages, il s’agit de la revalorisation des pensions de 20 % et l’augmentation des allocations familiales (de 2 800 à 4 500 FCFA), dans le but de protéger la capacité d’achat des ménages. Ces deux dernières mesures relatives aux revenus des ménages semblent en déphasage avec les résultats de l’étude. En effet, les personnes dont le temps de travail s’est détérioré sont âgées de 25 à 34 ans, donc des jeunes et non des pensionnés. Au regard de ce qui précède, on pourrait affirmer que l’augmentation des allocations familiales et la revalorisation de la pension retraite sont des mesures sans rapport avec la Covid-19. Ce qui pourrait questionner la pertinence de la revalorisation des pensions retraites.

De même, si les mesures fiscales retenues par l’État soulagent la trésorerie des entreprises, elles ne ciblent pas spécifiquement la protection de l’emploi. Ces mesures sont, entre autres : la déductibilité totale, dans le calcul déterminant l’impôt sur les sociétés, des dons et libéralités consentis par les entreprises pour la lutte contre la Covid-19 ; l’exonération de la taxe de séjour dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration pour la fin de l’exercice 2020, à compter du mois de mars ; l’exonération de l’impôt libératoire et de la taxe
de stationnement pour les taxis et mototaxis, de la taxe à l’essieu au titre du deuxième trimestre. Aucune mesure spécifique n’a été prise pour sauver les emplois menacés dans le secteur primaire et dans les entreprises de service hors commerce, les plus touchés par la pandémie.

Il ressort de cette étude que les mesures gouvernementales dites de ripostes à la convid-19 pourraient créer de nouvelles inégalités issues de leur inadéquation avec les besoins des ménages et des entreprises. Ainsi, à côté des inégalités de conditions de travail (Arnault et al., 2020), la présente étude alerte quant à une nouvelle forme d’inégalité relative à l’allocation des fonds mobilisés pour la riposte à la Covid-19.

Pour plus de détail, consulter l’article : Viviane Ondoua Biwolé (2021), Impact de la Covid-19 sur l’emploi au Cameroun : Résultats d’une étude empirique, Monde en Développement, Vol. 4, n° 196, pp. 27 à 47.

Une réflexion sur “Cameroun, les mesures gouvernementales en riposte à la Covid-19 : mauvaises solutions pour un vrai problème

Laisser un commentaire