Il y a une question que la campagne #MandatsEchus237 n’avait pas encore posée directement : combien coûte, chaque année, le maintien en poste de dirigeants qui ne devraient plus l’être ? Le rapport de la Chambre des comptes du Cameroun, présenté en juillet 2026 à l’Assemblée Nationale, apporte une réponse chiffrée, et elle dépasse tout ce que notre série avait documenté jusqu’ici.
L’État camerounais est actionnaire de 38 entreprises publiques qu’il contrôle entièrement, pour une valeur de 1 534,6 milliards FCFA. Il détient en plus des participations partielles dans d’autres structures, pour 391,6 milliards FCFA. Au total : 1 926,2 milliards FCFA engagés, près de 2 000 milliards FCFA du patrimoine public investis dans des entreprises.
En 2024, sur cet engagement, l’État a injecté 1 911,3 milliards FCFA supplémentaires dans ses entreprises. Il a reçu, en retour, 55,75 milliards FCFA de dividendes. Le calcul est simple : un rendement de 2,92 %. Un chiffre inférieur au coût de la dette publique camerounaise. Concrètement, chaque milliard que l’État injecte dans ses entreprises publiques lui coûte plus cher à financer qu’il ne lui rapporte.
Un actionnaire sain n’injecte pas, chaque année, une somme équivalente à la valeur totale de son portefeuille. C’est le signe d’entreprises qui ne s’autofinancent plus — elles vivent sous perfusion budgétaire permanente.
À cela s’ajoutent 749,3 milliards FCFA de subventions versées entre 2022 et 2025 à des entreprises dont la loi prévoit, en principe, qu’elles se financent par leur activité commerciale. Quatre d’entre elles (la SEMRY, la SOPECAM, la SODECAO et l’ANAFOR) ne produisent, sur cette période, aucune valeur marchande identifiable. Ce ne sont plus des entreprises. Ce sont des établissements publics qui portent, sans en avoir le statut, l’apparence d’une entreprise.
Le rapport documente aussi, pour la première fois dans notre série, le sur-effectif de certaines structures à travers le ratio entre la valeur ajoutée créée et les charges de personnel versées. Plusieurs entités dépassent le seuil de 100 %, ce qui signifie que leurs salaires excèdent la richesse qu’elles produisent. Et quatre entreprises (CICAM, ALUCAM, CAMAIR-CO et SEMRY) présentent une valeur ajoutée négative : elles consomment plus qu’elles ne produisent, avant même de payer un seul salaire.
Ce que ce rapport change, ce n’est pas seulement l’ampleur des chiffres. C’est leur nature. Jusqu’ici, la campagne #MandatsEchus237 s’appuyait sur les données du CTR-MINFI, un organe technique du ministère des Finances. Le nouveau rapport émane de la Chambre des comptes, la juridiction financière suprême du pays, présenté devant les représentants de la Nation. C’est un constat juridictionnel, pas une simple donnée de gestion.
Le Hors Série N°3 : L’actionnaire État décrypte, chiffre par chiffre, ce que ce rapport révèle : le rendement réel du portefeuille public, la trajectoire des subventions, les cas de sur-effectif documentés et les entreprises à valeur ajoutée négative. Il propose aussi cinq recommandations opérationnelles, dont une requalification statutaire inédite pour quatre entreprises publiques.
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