Trois volumes ont établi l’ampleur, la légalité et la cartographie du phénomène des mandats échus dans les entreprises publiques camerounaises. Le quatrième et dernier volume de la série « Quand l’illégalité a un prix » franchit une étape décisive : il met cette illégalité en regard de son coût réel, mesuré dans les comptes mêmes des entreprises concernées.
Au 31 décembre 2022, neuf entreprises publiques camerounaises affichaient un résultat net négatif, pour une perte nette cumulée de 39 519 101 160 FCFA, près de 40 milliards de FCFA sur la seule année 2022. Ce chiffre, à lui seul, résume l’ambition de ce dernier volume : démontrer que le dépassement de mandat documenté depuis le premier texte de la série ne relève pas seulement d’une fragilité juridique abstraite, mais produit des effets mesurables, chiffrés, sur la performance financière des entités concernées.
Quatre sociétés sont en situation de faillite technique, leurs capitaux propres sont devenus négatifs, ce qui signifie qu’elles doivent plus qu’elles ne possèdent. La SONARA affiche un déficit de capitaux propres de 114,4 milliards FCFA, séquelle de l’incendie de 2019 et ce, alors même que son résultat net 2022 est redevenu positif, preuve qu’un retour à l’équilibre d’exploitation ne suffit pas à lui seul à reconstituer un bilan aussi sinistré. La CDC affiche -23,9 milliards FCFA, la CICAM -16,4 milliards FCFA avec des pertes qui continuent de s’accumuler, et la CRTV -10,3 milliards FCFA.
Le signal le plus grave n’est pas la perte d’une année, mais des capitaux propres devenus négatifs : l’entreprise doit alors plus qu’elle ne possède, et sa continuité n’est plus assurée que par le soutien de l’État.
À ces pertes répond un effort budgétaire public considérable : 29 milliards FCFA de subventions d’exploitation et d’investissement en 2022. Mais l’examen du rendement de cet effort révèle un paradoxe frappant. La CRTV, à elle seule, reçoit plus de 23 milliards FCFA de subvention, pour un résultat net positif mais marginal de 334 millions FCFA, soit un rendement inférieur à 1,5 %. La MIDEPECAM, elle, reste en perte malgré la subvention reçue : le soutien public ne suffit pas toujours à inverser une trajectoire structurellement déficitaire.
Ce volume introduit aussi l’apport méthodologique central de toute la série : un indice composite de risque-redressement, noté sur 100, qui agrège pour chaque entité le risque juridique, le risque de gouvernance, le risque financier et la performance. Pour la première fois, l’illégalité des mandats est mise en regard de son coût financier, on ne classe plus les entreprises par la seule ancienneté de leurs dirigeants, mais par l’urgence réelle de leur redressement. Douze entités arrivent en tête de ce classement de priorité maximale, menées par l’ANAFOR, la SOPECAM et la MAGZI.
La conclusion la plus significative de ce volume est aussi la plus simple : la mauvaise gouvernance entraîne de mauvais résultats. La CICAM, la CAMAIR-CO, MATGENIE et la SONARA cumulent toutes mandats échus et détresse financière documentée. Ce n’est pas une coïncidence statistique, c’est la convergence, entité par entité, de deux jeux de données construits indépendamment l’un de l’autre : l’un juridique, l’autre comptable.
Le Volume 4/4 : Le vrai coût clôt la série « Quand l’illégalité a un prix ». Il propose un plan de redressement à trois horizons et une conclusion sans détour : la recommandation la plus importante n’est ni juridique ni comptable, c’est de désigner la personne qu’il faut à la place qu’il faut, et de limoger les dirigeants incompétents à temps.
Téléchargez gratuitement le Volume 4/4 : Le vrai coût sur vivianeondouabiwole.com. Quatre volumes, quatre-vingt-neuf entités, un même constat : la loi existe, les chiffres aussi. Le reste appartient aux citoyens.